Eugène Rubens-Alcais

Eugène Rubens-Alcais

À Saint-Jean du Gard, aux confins du pays cévenol, le 7 Juin 1884 naît Eugène Rubens-Alcais. Il s’appelait en fait Alcais, les deux prénoms étaient Eugène-Rubens, ce dernier prénom fut si peu utilisé qu’on l’accolât plutôt à son nom de famille et devin Rubens-Alcais.

Eugène entra à l’école à l’âge à l’Institut communal de Dassurets en Lozère. Mais, il devient sourd et entre comme pensionnaire de 1893 à 1900 à l’Institut national des Sourds-Muets de confession protestante à Saint-Hippolyte du Fort dans le Gard. Cette école existe toujours et exerce l’enseignement en milieu éducatif pour les sourds protestants. Eugène Rubens-Alcais fut reçu au Certificat d’Études primaires et monta à Paris rejoindre sa famille. Il a été Président des Anciens Élèves de Saint-Hippolyte de 1948 à 1963. Lors des années de pension à Saint-Hippolyte du Fort, pendant les vacances scolaires, je jeune Eugène participai avec ses camarades parisiens eux aussi handicapés à la création du premier Club Sportif de vélo pour sourds. Il était très fier de cette création et fut un grand voyageur. Toujours sur les routes, afin de prêcher partout les bienfaits du sport.

À partir de ce moment, les sourds éblouis par cette découverte commencèrent à sortir de leur isolement. Ils décidèrent se s’intéresser aux autres sports et toutes les régions françaises participèrent à cet élan.

Le premier club sportif de sourds omnisports fut le Club Sportif des Sourds-Muets de Paris fondé en 1910 par les anciens élèves de l’Institut Départemental Gustave Baguer d’Asnières, institut situé dans les Hauts-de-Seine, suivant l’orientation d’Eugène. La reconnaissance de la fondation du dit club fut officialisée par les pouvoirs publics en 1911 après dépôt de ses statuts.

Eugène crée le journal en 1914 « le Sportman Silencieux ».

Non content d’être un des pionniers de cette fondation, Eugène fut aussi l’instigateur de beaucoup d’autres clubs sportifs sourds, dans tous les coins de France, tel Bordeaux avec l’Étoile Sportive des Sourds-Muets de Paris. Les rencontres sportives entre sourds suscitèrent énormément d’enthousiasme et admiration, mais l’absence de règlements techniques rendait les résultats problématiques et contestables.

Eugène Rubens-Alcais ne ralentit pas ses activités, et l’idée lui vint de proposer aux clubs en activité de créer un grand corps d’arbitrage afin de préparer, diriger et superviser toutes les rencontres sportives au niveau national. C’est ainsi que naquit la Fédération Sportive des Sourds-Muets de France (FSSMF) en 1918. L’exemple fut très vite suivi hors des frontières de l’hexagone.

Des rencontres internationales eurent lieu, mais les Fédérations étrangères manquaient des structures d’arbitrages et des différents règlements techniques entre pays amenaient souvent des difficultés.

Toujours plus hauts ! Notre grand Eugène proposait alors aux fédérations étrangères la fondation d’un organisme international pour superviser et homologuer les rencontres et ce fut l’instigateur de la France que fut fondé le Comité international des Sourds qui compte actuellement le nombre impressionnant de 78 pays affiliés.

Les Jeux Silencieux internationaux, devenus ensuite les Jeux Mondiaux pour Sourds voyaient enfin le jour, toujours grâce au pionnier Eugène Rubens-Alcais.

Le mot « Olympique » appartient exclusivement au Comité International Olympique (CIO). Néanmoins, le Comité International Olympique a reconnu officiellement le comité international des sports pour les sourds pour son niveau sportif, ainsi que sa primauté dans la création des Comité Mondiaux de sports consacrés aux personnes handicapées physiques.

C’est ainsi que lors de l’exposition universelle de 1937, la Fédération Sportives des Sourds de France, reçut la médaille d’or. Une grande récompense en hommage à l’émergence du sport dit « des handicapées physiques » Les fédérations Sportives Handisports, inadaptés furent créées plus tardivement, suivant l’exemple de la FSSF ce dont bien sûr nous sommes très fiers.

Dans les années 20, Eugène travailla durement avec ses six autres fédérations internationales existantes pour organiser les premiers Jeux Mondiaux de Sourds à Paris, lesquels se déroulèrent du 10 au 17 août au stade Pershing. Les pays participants sont : la Belgique, la Pologne, la Grande-Bretagne, l’Italie, la Hollande et bien sûr la France. Bien que ne possédant pas encore de fédération sportive officielle, il y eut aussi des participants venus de Hongrie, de Lettonie et de Roumanie. Les épreuves disputées étaient l’athlétisme, le cyclisme, le football, la natation et le tir. Leur réussite fut grande et l’enthousiasme à la hauteur des résultats.

Le 16 août 1924, ce qui s’appelait encore le Comité international des Sports Silencieux, élisait comme Président monsieur Eugène Rubens-Alcais qu’on appellera toujours le « Pierre de Coubertin sourd ». La fédération sportive n’a jamais manqué de s’engager aux Jeux Mondiaux et en a toujours rapporté des médailles, que ce soit aux jeux d’été ou aux jeux d’hiver.
Monsieur Eugène Rubens-Alcais décède le 8 mars 1963, dans sa 79e année et sera inhumer le 13 mars au cimetière d’Ivry-sur-Seine. Il emporte avec lui ses nombreuses distinctions : 1915 Officier d’Académie, Médaille d’Or de l’Education Physique. 1960 Chevalier du Mérite Norvégien, 1962 Chevalier du Mérité Social et Commandeur du Mérite Sportif.

Son surnom est de Coubertin Sourd, il est mondialement célèbre dans la communauté Sourde.